Alors que les résultats ne sont attendus que dans deux semaines, l’opposant affirme avoir battu Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies
Yaoundé, 15 octobre 2025 – Le Cameroun retient son souffle. À peine 48 heures après la clôture du scrutin présidentiel du 12 octobre, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu figure de l’opposition, a revendiqué la victoire face au président sortant Paul Biya, en poste depuis 43 ans.
Dans une vidéo publiée mardi sur sa page Facebook, le président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) a déclaré avec émotion : « Notre victoire est claire. Elle doit être respectée. Le peuple a choisi. » Mettant en garde le pouvoir contre un refus de l’alternance, il a promis de publier un rapport détaillé des résultats par région.
Une proclamation prématurée et controversée
Bien que la loi autorise la publication des procès-verbaux de bureaux de vote, elle interdit formellement toute proclamation des résultats globaux avant l’annonce officielle par le Conseil constitutionnel, prévue au plus tard le 26 octobre. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a rappelé que franchir cette ligne rouge serait illégal, suscitant des craintes d’éventuelles tensions politiques et sociales.
Un scrutin sous haute surveillance
Le climat politique reste chargé, dans un pays où la transparence électorale est régulièrement mise en cause. Aucun chiffre officiel de participation n’a encore été communiqué, nourrissant les suspicions d’une éventuelle manipulation des résultats en faveur du président sortant.
Paul Biya, 92 ans, réélu avec plus de 70 % des voix lors des scrutins précédents, n’a pas encore réagi publiquement. Son long règne, entamé en 1982, pourrait connaître un tournant si les résultats allaient dans le sens d’un changement politique inédit.
Une figure controversée en quête de rupture
Âgé de 79 ans, Issa Tchiroma Bakary a récemment quitté la majorité présidentielle après deux décennies passées au sein du gouvernement. Investi à la mi-septembre comme candidat unique d’une coalition d’opposition baptisée Union pour le changement 2025, il a mené une campagne dynamique à travers le pays, attirant des foules notamment à Yaoundé, dans son fief populaire de la Briqueterie.
Son slogan « Au revoir Paul Biya, Tchiroma arrive » a résonné dans les rues dimanche soir, marquant une rupture symbolique avec son passé gouvernemental. Ancien ministre de l’Emploi et porte-parole du gouvernement, il a reconnu, durant la campagne, ses erreurs, notamment pour avoir nié le problème anglophone du pays, auquel il a demandé publiquement pardon.
Une transition proposée pour « reconstruire le Cameroun »
Dans son programme, Issa Tchiroma propose une période de transition de 3 à 5 ans pour « reconstruire » le pays, qu’il considère comme affaibli par plus de quatre décennies de gouvernance du régime Biya.
Mais les souvenirs de 2018 restent vivaces. Cette année-là, l’opposant Maurice Kamto s’était également autoproclamé vainqueur, avant d’être arrêté. Des manifestations avaient été réprimées dans la violence, et plusieurs de ses partisans sont encore en détention à ce jour.
Une élection qui pourrait surprendre
Pour Stéphane Akoa, politologue camerounais interrogé par l’AFP, cette élection se distingue des précédentes par une campagne plus animée, et un contexte socio-économique tendu : 40 % des Camerounais vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, selon la Banque mondiale. Autant de facteurs qui pourraient modifier l’équilibre du pouvoir, si les urnes ont réellement parlé en faveur de l’opposition.




