À dix jours de l’élection présidentielle et législatives du 15 janvier 2026, l’ONG alerte sur une escalade des violences, des arrestations arbitraires et des restrictions aux libertés publiques. Le gouvernement, lui, resserre le contrôle de l’information.
À mesure que l’échéance électorale approche en Ouganda, le climat politique se tend dangereusement. Dans un rapport publié lundi 5 janvier 2026, Amnesty International accuse les forces de sécurité de mener une « campagne brutale de répression » contre l’opposition. Arrestations arbitraires, usage excessif de la force et actes de torture viendraient, selon l’ONG, compromettre gravement l’exercice des libertés fondamentales dans un pays dirigé depuis près de quarante ans par Yoweri Museveni.
Amnesty International tire la sonnette d’alarme
Selon Amnesty International, les forces de sécurité ougandaises ont ciblé de manière illégale des rassemblements de l’opposition, en recourant à une force jugée « inutile et excessive ». L’ONG affirme avoir documenté des cas d’arrestations arbitraires, de passages à tabac, ainsi que des actes de torture et de mauvais traitements infligés à des militants politiques.
« Les autorités ont lancé une campagne brutale de répression contre l’opposition et ses partisans, rendant extrêmement difficile l’exercice du droit à la liberté d’association et de réunion pacifique », a dénoncé Tigere Chagutah, directeur régional d’Amnesty International.
Museveni face à Bobi Wine, un duel à haut risque
Le président sortant Yoweri Museveni, 81 ans, au pouvoir depuis 1986, brigue un nouveau mandat, ce qui ferait de lui l’un des dirigeants africains les plus longtemps en fonction. Son principal adversaire est Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, 43 ans, ancien chanteur devenu la figure emblématique de l’opposition et leader de la Plateforme d’unité nationale (NUP).
Ces dernières semaines, les tensions se sont accentuées. Fin novembre, un membre du NUP a été tué par la police lors d’un rassemblement, selon Amnesty, qui affirme également que des gaz lacrymogènes et des violences physiques ont été utilisés contre des partisans de l’opposition.
Le lourd héritage de l’élection de 2021
Le précédent scrutin présidentiel, en 2021, reste un traumatisme politique. Bobi Wine avait alors dénoncé une « mascarade électorale », affirmant disposer de preuves d’irrégularités massives. La campagne avait été marquée par une répression sanglante : plus de 50 personnes avaient été tuées avant l’élection lors d’opérations menées par les forces de sécurité.
À cela s’était ajoutée une coupure totale d’Internet le jour du vote, une décision largement critiquée par la communauté internationale. Les autorités avaient nié toute manipulation du scrutin.
Arrestations massives et pression judiciaire
Amnesty International affirme qu’environ 400 personnes ont été arrêtées ces derniers mois en raison de leur soutien au NUP. Les chefs d’accusation invoqués par les autorités incluent des faits tels que « incitation à la violence » ou « dommages à la propriété », des motifs jugés vagues et politiquement instrumentalisés par l’ONG.
Par ailleurs, un autre opposant historique, Kizza Besigye, reste détenu plus d’un an après son arrestation pour des accusations de trahison, qu’il conteste fermement.
Crainte d’une nouvelle coupure d’Internet
À l’approche du scrutin, les inquiétudes portent également sur la liberté de l’information. Le gouvernement a récemment restreint l’importation de récepteurs d’Internet par satellite, notamment ceux de Starlink. Bobi Wine a même interpellé publiquement Elon Musk sur X, l’appelant à « réactiver » le service en Ouganda, après une interruption signalée début janvier.
Le gouvernement, de son côté, dément toute intention de fermer Internet pendant les élections. La secrétaire permanente du ministère de l’Information, Aminah Zawedde, a toutefois rappelé que la diffusion en direct d’émeutes, de processions illégales ou d’incidents violents est interdite, au motif qu’elle pourrait « exacerber les tensions et semer la panique ».
Un encadrement strict de l’information
Cette interdiction s’accompagne d’un durcissement du contrôle des contenus numériques. Le ministère des Technologies de l’information et des Communications a annoncé l’interdiction de diffuser tout contenu jugé « incitant, haineux ou violent ».
Les autorités qualifient régulièrement les manifestations de l’opposition d’émeutes, une lecture contestée par les défenseurs des droits humains. À ce stade, les porte-paroles du gouvernement et de la police n’ont pas répondu aux sollicitations des médias internationaux.
Une élection sous haute tension
À dix jours du scrutin, l’Ouganda se trouve à la croisée des chemins. Entre accusations de répression, restrictions de l’espace civique et souvenirs encore vifs des violences passées, la présidentielle de 2026 s’annonce comme un test décisif pour l’avenir démocratique du pays.
Pour Amnesty International, l’urgence est claire : garantir des élections libres, sûres et transparentes. Reste à savoir si cet appel sera entendu.




