Union africaine : peu d’attentes pour le 39e sommet d’Addis-Abeba

El azhar Bennouna Sanaa13 février 2026Dernière mise à jour :
Union africaine : peu d’attentes pour le 39e sommet d’Addis-Abeba

Un rendez-vous continental sous tension

Les chefs d’État africains se réunissent ce week-end à Addis-Abeba pour le 39e sommet annuel de l’Union africaine (UA). Pourtant, malgré l’ampleur des défis qui traversent le continent, peu d’observateurs anticipent des percées décisives.

Conflits armés persistants, coups d’État répétés, processus électoraux contestés : l’agenda est lourd. Mais l’institution panafricaine, qui représente plus d’un milliard et demi de citoyens, fait face à des critiques croissantes sur sa capacité d’action et son efficacité politique.


Des crises multiples, peu de perspectives de résolution

Parmi les dossiers prioritaires figurent la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, les tensions renouvelées au Soudan du Sud et la guerre civile au Soudan, que les Nations unies qualifient de crise humanitaire majeure.

Malgré l’urgence, aucune feuille de route concrète ne semble émerger à court terme. Dans un rapport récent, l’International Crisis Group estime que l’Union africaine traverse l’une des périodes les plus fragiles de son histoire récente, soulignant un décalage entre les attentes placées en elle et ses moyens réels d’action.


Démocratie en question : un défi interne

L’une des faiblesses structurelles pointées par les analystes tient à la situation politique de plusieurs États membres.

Certains dirigeants en place figurent parmi les plus anciens chefs d’État au monde hors monarchies :

  • Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (au pouvoir depuis 1979)

  • Paul Biya (depuis 1982)

  • Yoweri Museveni (depuis 1986)

Depuis 2020, le continent a connu une dizaine de putschs. Si l’UA a suspendu certains pays, comme la Guinée-Bissau ou Madagascar, elle a également réintégré d’autres États après l’organisation d’élections controversées.

Au Gabon et en Guinée, les transitions politiques ont suscité des interrogations sur la conformité avec la Charte africaine sur la démocratie et la gouvernance. Le président gabonais Brice Oligui Nguema et son homologue guinéen Mamadi Doumbouya, tous deux issus de coups d’État, ont ainsi retrouvé leur place dans les instances continentales.

Ces situations alimentent le débat sur la cohérence normative de l’organisation.


Une institution confrontée à des contraintes budgétaires

Au-delà des enjeux politiques, l’Union africaine évolue dans un contexte financier contraint. Près de 64 % de son budget annuel — estimé à environ 700 millions de dollars — provient de financements extérieurs.

Les réductions de l’aide internationale, notamment de la part des partenaires occidentaux, fragilisent davantage son autonomie opérationnelle.

Élu à la tête de la Commission il y a un an, Mahamoud Ali Youssouf affiche un ton plus offensif que son prédécesseur Moussa Faki Mahamat, mais les observateurs soulignent que la rhétorique devra désormais s’accompagner de résultats tangibles.

La présidence tournante sera assurée par Evariste Ndayishimiye, succédant au président angolais João Lourenço.


Entre réalisme et nécessité d’un sursaut

Parmi les thèmes inscrits à l’ordre du jour figure également l’accès à l’eau potable, un enjeu crucial sur un continent où une part importante de la population dépend encore de sources non protégées.

Si les critiques sont nombreuses, les attentes demeurent fortes. L’Union africaine reste un espace de dialogue unique, capable de porter des initiatives de médiation et de diplomatie préventive.

Le 39e sommet s’ouvre ainsi dans un climat de prudence, voire de scepticisme. Mais il rappelle aussi une évidence : face aux défis sécuritaires, démocratiques et sociaux, la coopération continentale demeure indispensable.

L’enjeu n’est pas seulement institutionnel. Il concerne la capacité collective des États africains à renforcer la crédibilité et l’efficacité de leur organisation commune.

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