Or : la baisse des cours ne relance pas le marché marocain, les acheteurs restent prudents

MOHAMED YAZID BENNOUNA3 août 2026Dernière mise à jour :
Or : la baisse des cours ne relance pas le marché marocain, les acheteurs restent prudents

Malgré le recul des cours de l’or sur les marchés internationaux, le marché marocain de la bijouterie peine à retrouver son dynamisme. Les professionnels constatent un net ralentissement de l’activité, les consommateurs préférant reporter leurs achats dans l’espoir d’une nouvelle baisse des prix.

Traditionnellement considéré comme une valeur refuge et un moyen d’épargne privilégié par de nombreux ménages, l’or ne suscite plus le même engouement. Si les prix internationaux ont enregistré une baisse ces derniers mois, cette évolution ne se répercute que partiellement sur le marché national, où un écart de prix continue d’être observé.

Le président de la Fédération marocaine des bijoutiers, Idriss El Hazzaz, explique que le gramme d’or 18 carats, le plus commercialisé au Maroc, se négocie actuellement entre 995 et 1.000 dirhams, soit un différentiel estimé entre 120 et 150 dirhams par rapport aux cours mondiaux.

Les professionnels espéraient pourtant que cette baisse stimulerait les ventes durant la saison estivale, traditionnellement favorable au secteur. Mais, selon eux, la tendance est inverse : les clients adoptent une attitude attentiste, convaincus que les prix pourraient encore diminuer dans les prochaines semaines.

Cette situation fragilise davantage une filière déjà confrontée à plusieurs difficultés. Selon Idriss El Hazzaz, les commerçants et artisans auraient perdu près d’un tiers de leur capital en raison de la baisse de la valeur de l’or, tandis que le volume des transactions a fortement reculé depuis le début de l’année.

Au-delà de l’évolution des prix, le ralentissement s’explique également par la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Les dépenses liées à l’Aïd al-Adha, aux vacances d’été et à l’approche de la rentrée scolaire réduisent les capacités d’achat, reléguant les bijoux au second plan des priorités.

Les habitudes de consommation évoluent également. Les Marocains résidant à l’étranger investissent moins dans les bijoux qu’auparavant, tandis que les agriculteurs, longtemps considérés comme une clientèle importante du secteur, se montrent beaucoup plus discrets.

À Fès, principal centre national de la bijouterie traditionnelle, cette évolution se traduit par une préférence croissante pour les bijoux légers de deux à trois grammes, alors que les pièces plus lourdes peinent à trouver acquéreur.

Le secteur fait également face à des difficultés d’approvisionnement. Les professionnels regrettent que la production des mines d’or et d’argent exploitées au Maroc soit essentiellement destinée à l’exportation, obligeant les artisans à dépendre du recyclage de l’or usagé et d’importations officielles jugées insuffisantes.

Concernant les perspectives, les professionnels estiment que les prix pourraient repartir à la hausse si les tensions géopolitiques internationales se poursuivent. Dans un contexte d’incertitude, l’or continue en effet de jouer son rôle de valeur refuge, ce qui pourrait rapidement inverser la tendance observée ces derniers mois.

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