Le débat autour des frais d’inscription appliqués aux formations universitaires en temps aménagé continue de prendre de l’ampleur au Maroc. Après les recours introduits devant les tribunaux administratifs, la saisine du Médiateur du Royaume et les critiques exprimées par plusieurs organisations de défense des droits, la Conférence des présidents des universités (CPU) a décidé de prendre position pour défendre le dispositif et clarifier les fondements de la réforme.
Dans un communiqué, les présidents d’université rappellent que l’organisation des formations en temps aménagé relève des compétences des établissements universitaires, conformément à la loi n° 59.24 relative à l’enseignement supérieur, à la recherche scientifique et à l’innovation. Ils mettent notamment en avant l’autonomie pédagogique, scientifique et financière dont disposent les universités publiques pour déterminer les modalités d’organisation et les conditions d’accès à ces formations.
Un dispositif destiné aux salariés et professionnels
Pour la CPU, le temps aménagé répond à un objectif particulier : permettre aux salariés, fonctionnaires et professionnels de reprendre ou de poursuivre leurs études tout en conservant leur activité professionnelle.
La conférence considère ainsi ce dispositif comme un outil favorisant la formation tout au long de la vie et permettant aux bénéficiaires d’obtenir des diplômes reconnus au niveau national, sous réserve du respect des exigences pédagogiques et scientifiques.
Les présidents d’université insistent également sur la distinction entre le régime ordinaire de l’enseignement supérieur et les formations en temps aménagé. Selon eux, la gratuité de l’enseignement universitaire classique demeure garantie pour les étudiants, tandis que les frais concernés par la réforme s’appliquent à une filière parallèle destinée à un public spécifique.
Licence, master et doctorat : des situations différentes
Face aux critiques concernant la nouvelle grille tarifaire, la CPU apporte plusieurs précisions.
Elle affirme notamment que les frais appliqués à la licence en temps aménagé n’ont pas augmenté par rapport aux années précédentes. Pour le master, les droits auraient au contraire été revus à la baisse afin de faciliter l’accès des salariés et fonctionnaires aux études supérieures.
Le cas du doctorat est présenté comme différent en raison des coûts spécifiques liés à la recherche scientifique. L’encadrement des doctorants, la mobilisation des enseignants-chercheurs, le fonctionnement des laboratoires ainsi que l’utilisation des infrastructures universitaires sont autant d’éléments avancés pour justifier les droits appliqués à ce cycle.
Selon le communiqué, 40 % des recettes générées par ces formations sont destinées aux dépenses de fonctionnement et d’investissement des universités, tandis que les 60 % restants sont consacrés au soutien à la recherche scientifique et à la rémunération des enseignants-chercheurs participant à l’encadrement et à la soutenance des thèses.
Des exonérations prévues pour certaines catégories
La CPU souligne par ailleurs que la dimension sociale du dispositif n’est pas écartée. Elle rappelle notamment qu’une exonération des frais d’inscription avait été prévue pour les salariés et fonctionnaires dont le revenu mensuel ne dépasse pas le salaire minimum, ainsi que des facilités de paiement pour certaines situations particulières.
Les présidents d’université mettent également en avant le principe de non-rétroactivité des règles et assurent que les droits acquis des bénéficiaires doivent être respectés.
La CPU rejette toute « politisation » du débat
Au-delà de la question financière, le communiqué constitue une réponse aux critiques qui se sont multipliées ces dernières semaines.
La Conférence des présidents des universités affirme que l’organisation du temps aménagé relève avant tout de considérations pédagogiques et de la mission des établissements universitaires. Elle rejette ainsi « toute forme de politisation » des questions éducatives et toute instrumentalisation du débat à des fins étrangères aux objectifs de qualité et de développement de l’enseignement supérieur.
La controverse reste néanmoins ouverte. Alors que plusieurs acteurs réclament une révision ou une suspension des nouveaux frais, les universités défendent de leur côté un dispositif qu’elles présentent comme nécessaire pour diversifier les sources de financement et accompagner la formation continue des professionnels.
Le débat devrait ainsi se poursuivre dans les prochaines semaines, à l’approche de la rentrée universitaire 2026-2027.
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