Dans une série d’entretiens vidéo accordés au journaliste Abdou Semmar, Toufik Bennacer, fils de l’ancien général Larbi Bennacer, livre un témoignage particulièrement critique sur les rouages du pouvoir militaire algérien. Depuis la France, où il affirme être menacé et faire l’objet de pressions judiciaires de la part d’Alger, cet ancien proche de plusieurs hauts responsables de l’Armée nationale populaire (ANP) revient sur les rivalités internes, les purges et les pratiques de corruption qu’il affirme avoir observées au sein du système.
Les déclarations de Toufik Bennacer, diffusées sur la chaîne YouTube d’Abdou Semmar, portent notamment sur l’ancien chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, dont il affirme avoir été proche dans le cadre de ses fonctions de gestion de sa résidence et de ses affaires domestiques. Elles évoquent également les rapports entre les différents clans militaires et les conditions dans lesquelles plusieurs hauts responsables auraient été écartés du pouvoir.
Un témoin issu du sérail militaire
Toufik Bennacer est le fils du général Larbi Bennacer, ancien responsable de la Direction centrale de la justice militaire. Selon son récit, il a grandi dans un environnement directement lié aux principaux cercles du pouvoir algérien.
Il affirme avoir côtoyé, durant son enfance et sa jeunesse, plusieurs hauts responsables militaires et sécuritaires, notamment des figures du renseignement et de l’appareil militaire. Il évoque également les relations entretenues par son père avec certains responsables politiques et sécuritaires de premier plan.
Cette proximité familiale lui aurait permis, selon ses propres déclarations, d’accéder à des informations et à des personnalités généralement éloignées du grand public.
Le général Larbi Bennacer est décédé le 1er septembre 2005 dans un accident de la route. Son fils affirme que cette disparition a profondément modifié la situation de sa famille et l’a progressivement exposée aux rivalités internes du système.
Gaïd Salah au cœur de ses révélations
Une partie importante du témoignage de Toufik Bennacer concerne Ahmed Gaïd Salah, ancien chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense, décédé en décembre 2019.
Bennacer dresse de l’ancien homme fort du pouvoir algérien un portrait très critique, évoquant notamment son tempérament, son mode de fonctionnement et la concentration des décisions autour de son entourage.
Il affirme également avoir assuré la gestion de la résidence privée de Gaïd Salah, ce qui lui aurait permis d’être présent au moment de l’urgence médicale ayant précédé le décès du général.
C’est dans ce contexte que Bennacer avance l’hypothèse d’une mort suspecte, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’un empoisonnement. Il affirme notamment avoir constaté la présence de sang dans la salle de bain de la résidence et décrit une prise en charge médicale qu’il juge inhabituelle.
Ces affirmations constituent toutefois le témoignage personnel de Toufik Bennacer et ne permettent pas, à elles seules, d’établir les circonstances exactes du décès de Gaïd Salah.
Le général est officiellement décédé le 23 décembre 2019 après avoir été victime d’un malaise cardiaque, selon les informations communiquées à l’époque par les autorités algériennes.
Bennacer affirme par ailleurs que plusieurs personnes proches de Gaïd Salah auraient ensuite été écartées ou poursuivies et présente ces événements comme les prémices d’une vaste recomposition du pouvoir militaire.
Des rivalités permanentes au sommet
Au-delà du décès de Gaïd Salah, le témoignage met surtout en avant ce que Bennacer présente comme une lutte permanente entre différents clans de l’appareil militaire et sécuritaire.
Selon lui, les changements successifs à la tête des services de renseignement et les poursuites visant certains hauts gradés traduiraient une volonté de contrôler les différents centres de pouvoir.
Il décrit un système dans lequel les responsables militaires peuvent bénéficier d’une protection tant qu’ils conservent l’appui du clan dominant, avant de devenir vulnérables dès qu’ils perdent leur influence.
Cette lecture conduit Bennacer à présenter les purges successives comme l’expression d’une véritable guerre interne pour le contrôle du pouvoir.
Des accusations de corruption et de favoritisme
Toufik Bennacer formule également de graves accusations concernant la gestion des ressources publiques et les privilèges dont bénéficieraient, selon lui, certains hauts responsables militaires et leurs familles.
Il affirme que les proches de hauts gradés auraient bénéficié d’un accès privilégié à certaines activités économiques, notamment dans l’immobilier, l’agroalimentaire, l’importation et le foncier.
Le témoignage évoque également plusieurs responsables militaires accusés, à différentes périodes, de détournements ou de pratiques financières illicites.
Ces accusations s’inscrivent dans un discours plus large dénonçant l’opacité qui entourerait, selon Bennacer, la gestion des ressources du ministère algérien de la Défense et l’absence de contrôle suffisamment indépendant sur certains secteurs liés à l’appareil militaire.
Une famille qui affirme être sous pression
Bennacer affirme enfin que sa famille a été progressivement prise dans les affrontements entre les différents clans du pouvoir.
Depuis son installation en France, il dit faire l’objet de menaces et de pressions visant à obtenir son retour en Algérie. Il affirme également être la cible d’une campagne de dénigrement destinée à discréditer ses déclarations.
Ses révélations ont ainsi placé son témoignage au cœur d’une nouvelle polémique sur le fonctionnement du pouvoir algérien.
Au-delà des accusations individuelles, cette affaire remet sur le devant de la scène la question de l’influence de l’appareil militaire dans la vie politique algérienne, ainsi que celle des rivalités entre les différents réseaux de pouvoir.
Les déclarations de Toufik Bennacer devront toutefois être confrontées à d’autres sources indépendantes et à des éléments vérifiables pour permettre d’établir la réalité des faits qu’il avance.
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