Les Islandais s’apprêtent à se prononcer sur une question qui divise le pays depuis plusieurs décennies : faut-il relancer le processus d’adhésion à l’Union européenne ? Le référendum, prévu samedi, s’annonce particulièrement serré, alors que les enjeux économiques, la souveraineté et surtout la gestion des ressources halieutiques occupent une place centrale dans la campagne.
Les derniers sondages donnent une légère avance au camp favorable à la reprise des négociations, avec environ 51 % des intentions de vote contre 49 % pour le non. Mais les écarts restent suffisamment faibles pour rendre l’issue du scrutin difficile à prévoir.
Une première étape vers l’adhésion
Le vote ne portera pas directement sur l’adhésion définitive de l’Islande à l’Union européenne. Une victoire du « oui » permettrait de relancer les négociations avec Bruxelles.
Un éventuel accord d’adhésion devrait ensuite être soumis à un nouveau référendum en Islande et obtenir l’approbation des 27 États membres de l’UE.
À l’inverse, une victoire du « non » mettrait une nouvelle fois le processus de côté.
L’Islande avait déjà ouvert des négociations d’adhésion après la crise financière de 2008, avant de les abandonner en 2013. La question de la pêche constituait alors l’un des principaux obstacles.
La pêche, principal point de tension
Le secteur halieutique représente une part essentielle de l’économie islandaise. La pêche et les activités maritimes comptent pour près de 40 % des exportations du pays.
Les opposants à l’adhésion craignent que l’application de la politique commune de la pêche ne réduise le contrôle de Reykjavik sur ses zones de pêche, considérées comme une ressource stratégique et un élément fondamental de l’identité nationale.
Le gouvernement islandais affirme vouloir négocier un régime particulier pour protéger les intérêts du secteur de la pêche et de l’agriculture.
Mais les eurosceptiques restent sceptiques quant à la possibilité d’obtenir des exemptions permanentes, estimant que les intérêts d’un pays de moins de 400 000 habitants risqueraient d’être éclipsés par ceux du marché européen.
Le coût de la vie pousse certains électeurs vers le « oui »
Le camp favorable à l’Union européenne met de son côté l’accent sur les difficultés économiques rencontrées par les Islandais.
Le pays, bien qu’il soit l’un des plus prospères d’Europe, fait face à un coût de la vie particulièrement élevé. Les prix y sont estimés à environ 84 % au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, tandis que les taux d’intérêt ont fortement augmenté.
Les partisans de l’adhésion estiment notamment que l’adoption de l’euro pourrait apporter davantage de stabilité monétaire et contribuer à réduire les effets de l’inflation.
L’Islande bénéficie déjà d’une intégration importante au marché européen puisqu’elle appartient à l’Espace économique européen et à l’espace Schengen, malgré son statut de pays non membre de l’UE.
Les tensions géopolitiques changent également la donne
La situation internationale a aussi contribué à remettre la question européenne au premier plan.
Membre fondateur de l’OTAN, l’Islande ne possède pas sa propre armée et dépend de ses alliés pour assurer sa sécurité. Le pays accueille notamment des avions de l’Alliance sur la base de Keflavík.
La guerre en Ukraine, l’activité maritime russe dans l’Atlantique Nord et les tensions autour de l’Arctique ont renforcé les préoccupations sécuritaires.
Les déclarations répétées du président américain Donald Trump sur le Groenland ont également suscité des interrogations en Islande, même si la géopolitique reste moins présente dans la campagne que les questions économiques et la souveraineté.
En mars, Reykjavik a par ailleurs conclu un partenariat de défense avec l’Union européenne, renforçant les liens sécuritaires entre les deux parties.
Un scrutin observé dans toute l’Europe
Une victoire du « oui » donnerait un nouvel élan à l’élargissement de l’Union européenne. Les autorités islandaises estiment que les négociations pourraient avancer relativement rapidement, plusieurs chapitres ayant déjà été examinés lors du précédent processus.
Le résultat sera également suivi avec attention par la Norvège, autre pays nordique membre de l’Espace économique européen mais historiquement réticent à rejoindre l’UE.
Pour l’Islande, le référendum constitue donc moins un choix définitif sur l’adhésion qu’une décision sur l’opportunité de rouvrir la porte à Bruxelles. Et derrière cette question européenne se joue surtout un équilibre délicat entre stabilité économique, souveraineté nationale et contrôle des ressources maritimes.
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